Éloge de rien dédié à personne, par Louis Coquelet

"Eloge de rien" suivi de "Eloge de quelque chose", Louis CoqueletISBN 978-2-917246-15-3, 13 x 21 cm, 48 p., 6,80 euros

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L’Éloge de rien dédié à personne et l’Éloge de quelque chose dédié à quelqu’un parurent pour la première fois séparément en 1730 chez Antoine de Heuqueville, libraire à Paris. Puis ils furent réédités dans une «troisième édition, peu revue, nullement corrigée et augmentée de plusieurs riens». C’est cette édition que nous avons repris ici.

Bien que publiés de manière anonyme, ces deux textes sont l’œuvre de Louis Coquelet (1676-1754), auteur (notamment) de plusieurs autres Éloges facétieux : Éloge de la goutte (1727), Éloge du mensonge, dédié à tout le monde (1730), Éloge de la méchante femme, dédié à Mlle Honesta (1731), Éloge des paysans (1731). On lui attribue également un Calendrier des fous.

S’il paraît absurde de faire l’éloge de rien, c’est à coup sûr qu’on y a mal regardé. Car en considérant les choses un peu plus profondément, comme nous y invite l’auteur, on s’aperçoit bien vite que rien est d’une importance extrême. En effet, «un rien nous fait pleurer, un rien nous fait rire, un rien nous afflige, un rien nous console, un rien nous embarrasse, un rien nous fait plaisir, il ne faut qu’un rien pour remonter un pauvre homme, il ne faut qu’un rien pour le renverser.» Et «qu’y a-t-il au monde de plus précieux que l’or, l’argent, les perles et les pierreries ? Rien, assurément, me direz-vous. Qu’y a-t-il de plus estimable que la vertu ? Rien. De plus aimable que le vrai mérite ? Rien Il était par conséquent bien naturel que ce rien soit consacré par un Éloge. Un Éloge que Louis Coquelet ne pouvait évidemment que dédier à personne. Car, nous confie-t-il, «quand enivré de la folle vanité de me faire un nom dans la République des Lettres, j’ai quitté le tranquille séjour de la province pour venir me transplanter à Paris, le séjour de la confusion et du désordre, veut-on savoir qui à mon arrivée en cette ville est venu me visiter et me faire des offres de service ? Personne. Est-on curieux d’apprendre qui m’a consolé quand j’ai eu des chagrins ou quelque fâcheuse maladie ? Personne. Qui m’y a secouru dans mes besoins ? Personne. Qui m’y a donné sa table ou prêté de l’argent ? Personne. À qui donc ai-je plus d’obligation à votre avis qu’à personne

Mais si rien compte plus que tout, quelque chose ne saurait pour autant être négligé. Car «dans quelque état et condition qu’on soit, on sent l’extrême besoin qu’on a de quelque chose», et «quelque riche que soit un homme des biens de la nature et de la fortune, il souhaite toujours quelque chose C’est pourquoi, à l’Éloge de rien, il nous a paru nécessaire d’adjoindre l’Éloge de quelque chose.